Après le temps des sauts de puce – les seuls qu’autorisait une actualité politique maintenue et la session extraordinaire du Parlement – vient pour moi celui des vacances. Elles seront assez courtes, mais j’interromprai, sauf événement exceptionnel, nos échanges jusqu’au 22 août au moins. Cette coupure, bienvenue, nécessaire, marque la fin d’une année exceptionnelle, et doit engager la préparation d’une autre phase.
Quelle année politique, en effet, que celle qui se termine ! Depuis l’été dernier, nous avons vécu sur un rythme trépidant, et traversé une série de campagnes décisives avec des bonheurs… inégaux. Après la primaire des socialistes, dont il faudra faire le bilan avant de renouveler l’expérience, tant il apparaît que ce débat a à la fois grandi le parti et abîmé ses chances, la bataille présidentielle a vu la victoire à la fois très préparée et surprenante, après cinq ans d’échec d’une droite dont il était l’un des leaders, de Nicolas Sarkozy sur Ségolène Royal. Celui qui était le paria de la classe politique, l’homme qui, chacun en était certain, ne pourrait jamais emporter une élection majeure, celui qui, tout le monde le disait, provoquait un rejet insurmontable est, par la grâce du suffrage universel, devenu aux yeux de tous, ou presque, un génie de la politique, un homme d’État majeur, une réincarnation du De Gaulle de 1958, dévastant le paysage traditionnel, entraînant une recomposition inédite. Son parti, l’UMP, après avoir frôlé au premier tour des législatives une victoire historique, l’a emporté nettement mais finalement avec une opposition consistante en second. Il mène, avec un gouvernement dont il conduit directement l’action – dont il contrôle, en fait, chacun des gestes et des décisions – une politique de rupture – mais une rupture à droite, que la fausse « ouverture » ne cache que très provisoirement. Hyper-président, il connaît aussi un hyper-état de grâce, marqué par une indulgence sans précédent des médias et, sans doute, de beaucoup de Français qui, lassés d’une longue série de présidences figées et inertes, du mitterrandisme finissant au chiraquisme impuissant, se laissent étourdir par le mouvement perpétuel du nouvel hôte de l’Élysée, et adhérent à sa logique, plus entrepreneuriale que républicaine , qui met en avant la culture du résultat au détriment de toute autre valeur. Pendant ce temps-là, le PS, qui grisé par les sondages de l’automne avait trop cru à une victoire « en contre », presque naturelle après ses succès de 2004, a connu deux lourdes défaites, et s’enfonce dans une crise grave. J’ai, bien sûr, vécu moi aussi tout cela – mon engagement aux côtés de DSK dans la primaire, ma mise à l’écart pendant la campagne de Ségolène Royal, que j’ai malgré tout conduite à ma place avec loyauté, une dure bataille législative dans une circonscription où Sarkozy l’avait emporté nettement, une belle victoire – la plus belle, sans doute – l’installation à l’Assemblée nationale.
Quel est, maintenant, l’état des lieux ? On connaît – vous connaissez en tout cas – mes thèses, je les résume. Je n’ai pas, contrairement à tant d’autres, sous-estimé Nicolas Sarkozy avant l’élection, car j’avais compris qu’il cherchait avec méthode à bâtir un « bloc hégémonique » de droite, à organiser son camp avec efficacité tout en marquant la rupture avec les sortants. L’homme politique est redoutable – intelligent, travailleur inépuisable, acharné voire vindicatif – le Président est habile – omniprésent, toujours sur la brèche, communicateur impénitent mais aussi souvent pertinent. Il est partout, sature l’espace politique, étouffe de sa puissance ses partisans, méprisés, et ses adversaires, détestés quand ils ne sont pas ses admirateurs ou ses complices implicites. Bref, il a réussi à se faire élire, il a aussi réussi son début de mandat. Et pourtant, ne l’ayant pas négligé hier, je ne le surestime pas aujourd’hui, je ne le crois pas imbattable, mais au contraire même très vulnérable. D’abord, sur le terrain des politiques publiques. Qu’est-ce, en effet que le sarkozisme, si ce n’est un programme de droite comme la France en a peu vu ? Les électeurs populaires tentés par la séduisante rhétorique individualiste et autoritaire du Président de l’UMP en jugeront, en effet, les résultats. Ils verront, le moment venu, qu’ils ne bénéficient pas des cadeaux fiscaux de l’été 2007, mais qu’ils en paieront le prix : il faudra combler les déficits, accroître les impôts indirects, que chacun paie, à travers la TVA sociale, avec les franchises, subir la dégradation des services publics, globalement paupérisés. Le tour de passe-passe sarkoziste, son guizotisme survitaminé, cet illusoire « enrichissez-vous par le travail et par l’épargne » face aux réalités, ne suffiront pas toujours. Je le crois vulnérable aussi sur le terrain purement politique. Nicolas Sarkozy a un terrible ennemi : lui-même. Il est, je l’ai écrit, un joueur, il lui faut sans arrêt aller plus loin, plus fort, fouler des terres inconnues, transgresser des interdits. Président de la République, il s’ennuie déjà, il veut diriger seul le pays, bousculer l’Europe, peser dans le monde, repartir déjà en campagne, se mettre en scène en permanence. Oui, il va loin, il va fort, il va, il ira trop loin. La France est épatée, elle s’interroge aussi. Le sens du spectacle est là, le sens de l’équilibre n’est pas respecté, cette monarchie absolue va se durcir, dériver, elle va lasser, puis rebuter. Le temps de l’alternance reviendra.
Il reviendra, oui, si le Parti socialiste sait se reconstruire. Il vient de passer cinq années difficiles, pendant lesquelles il n’a pas su résoudre ses ambiguïtés, et où il a attendu en vain l’alternance automatique. Il sait désormais qu’il ne peut l’emporter et agir que s’il clarifie sa vision de la société, de l’Europe, du monde, s’il met en adéquation ses mots avec sa pratique, s’il sait élargir ses alliances, s’il parvient à retrouver un leader crédible tout en se rassemblant. C’est ce travail qui l’attend, qui nous attend. Il faudra l’entreprendre sans délai, sans timidité. Comprendre ce que les Français attendent de la gauche avant de nous perdre dans les jeux tactiques, chercher les solutions de fond avant de lancer le combat des chefs. Arrêter les querelles et les initiatives exclusivement personnelles, générationnelles, boutiquières, et travailler tous ensemble, sans préjugés. Trouver dans la politique du gouvernement Sarkozy les angles d’une opposition pertinente, la communiquer à nos citoyens.
Pas simple tout ça. Ce sont nos travaux de vacances. Ce seront nos combats de rentrée. Finalement, la coupure ne sera pas seulement brève, elle sera aussi laborieuse. C’est la vie ! Au 22.

S'il vous plait, quand aborderez vous les sujets qui interessent les francais dans leur quotidien : car le francais en a marre d'etre progressivement reduit à l'état d'esclave, ou de pauvre meme en travaillant : spéculation honteuse sur l'immobilier conduisant à une inaccessibilité aux logements pour les revenus moyens, speculation scandaleuse sur la nourriture dont les produits de base, sur la santé avec une medecine qui n'a pas vocation de guérir mais de soigner.
Raz le bol des faux débats : pares feux pour eviter d'aborder les vrais problèmes de société.
vos thèmes sont de la discussion de fin de déjeuner raffiné au flore, qu'un smicard ne pourrait bien sur s'offrir.
En quoi etes vous de gauche?
Embourgeoisement des syndicats, embourgeoisement du parti socialiste..politiciens : tous les memes : défendre vos propres interets (vos traitements de députés et réseaux amicaux).
Rédigé par: Citronades | 30 août 2007 à 18:08
Pierre, pourrais-tu nous éclairer sur cette phrase tirée du JDD du 19 août ?
"Entourée de sa petite équipe d'experts économiques et internationaux: Pierre Moscovici, le banquier Matthieu Pigasse, l'économiste Thomas Piketty, Bruno Rebelle pour les questions écologiques auxquelles elle s'intéresse tout particulièrement."
Merci
Rédigé par: Bloggy Bag | 20 août 2007 à 09:22
Les Français n'attendent rien de la gauche, sinon ils auraient voté majoritairement pour elle aux deux dernières élections. Il y a le pouvoir en place, et une opposition à construire pour permettre une alternance démocratique. Une opposition qui ne peux qu'offrir plus et mieux que ce que le pouvoir en place présente pour pouvoir effectuer cette alternance. Cela implique une refondation totale et titanesque. Il n'est pas certain que cela se fasse dans douleur, car la rupture avec le vieux logiciel sur lequel a fonctionné la gauche est inévitable, et peu d'éléments sont à notre disposition pour reconstruire. Le vieux démon qui consiste à blablater sur le pouvoir en place est déjà de retours, bouffant toute l'énergie, tandis qu'une ex-candidate n'envisage par le biais de son fan-club qu'à prendre le leadership pour convenances personnelles. A par un miracle, c'est mal partis...
Rédigé par: jpb | 19 août 2007 à 12:21
C'est toujours passionnant de te lire.
Profite de ce temps de repos pour reprendre toutes les forces que tu n'as pas épargnées durant cette année.
A bientot
Rédigé par: rolex5513 Val de Marne | 14 août 2007 à 15:54
Vu dans la tribune aujourd'hui :
Moscovici critique la rencontre amicale entre Bush et Sarkozy.
La tribune reprend une dépêche AP simpificatrice.
"Sur le principe, il n'y a aucun reproche à faire, George Bush étant le président actuel et légitime des États-Unis" cf interview originelle au JDD 12/08/2007
Certes PM fait des réserves quant à une trop grande proximité avec une administration Bush et sa politique internationale mais ne remet pas en cause des rencontres entre dirigeants légitimes de deux pays tels que la France et les USA!
NDLR
voir ce commentaire sur un blog bayrouiste :
http://lafrancedetoutesnosforces.hautetfort.com/archive/2007/08/12/raffarin-et-moscovici-sont-ils-devenus-fous.html
Rédigé par: Funky | 12 août 2007 à 22:19
J'ai beaucoup aimé votre site cela vous direz t-il de mettre un lien mutuelle entre nos deux sites si vous le désirez!!!
Mon blog est le suivant: http://segoleneroyal2012.over-blog.fr/
Et dès maintenant,abonnez vous en grands nombres à la Newsletter.
Venez nombreux voir ce blog malgré vos appartenance politique,il est ouvert à tout le monde,vous pouvez débattre dans les commentaires!!!
Rédigé par: Arno | 11 août 2007 à 15:45
Très belle analyse de Sasha,je pense que cela correspond à ce que souhaite sûrement la majorité de ceux qui aspirent à rééquilibrer une politique qui a totalement épousé les thèses d'une droite dure.
belles vacances avec le retour du soleil.
Rédigé par: Muriel de S. | 10 août 2007 à 22:11
camarade d'aiglon sur le blog de DSK, j'approuve pleinement son commentaire
Votre analyse correspond parfaitement à la situation à mon avis
je crois que vous avez en mains les ingrédients pour la relance d'un vrai projet de gauche de gouvernement
un vraie volonté de jouer collectif, que vous avez déjà démontrée et que vous manifestez maintenant, alors que quelques uns se voient déjà avancer seuls
une vraie expérience, que peu ont dans cette mesure, au niveau national, gouvernemental, local et parlementaire, mais aussi au niveau européen, faisant de vous un homme de dialogue largement possible avec nos partenaires européens et internationaux
une mesure dans les propos
et une vraie vigilence sur les actes de sarkozy
ses réactions outrées sont un des témoins, parmi d'autres de la nécessité que vous preniez la relève du courant de ce que j'appelle la Gauche de gouvernement
je crois que la notion de social démocratie est déjà dépassée
la réflexion doit porter maintenant sur ce qu un gouvernement de gauche doit proposer
- pour prendre la pleine mesure de la mondialisation, ne plus la voir seulement comme une cause d'impuissance publique et de dumping
mais aussi comme une facteur d'ouverture de marchés
- pour trouver un bon équilibre entre sécurité et liberté
la France de Sarkozy fait dangereusement pencher la balance du côté de la sécurité au détriment de la liberté
- assurer une protection sociale sans faire fuir les plus riches mais sans faire les cadeaux fiscaux outrageusement distribués
- trouver les contours de l'action de l'Etat vis à vis des compétences locales et des pouvoirs de l'Europe
telle est à mon avis la réflexion à mener
reste le choix des leaders
il s'imposera sans doute naturellement
mais votre présence dans les médias, qui est effective, doit être renforcée à la rentrée
on vous entendra à la Rochelle j'en suis sure
le nouveau nom du PS viendra aussi
démocratie solidaire
démocratie sociale
Parti des Républicains sociaux
parti des républicains solidaires
Parti pour le progrès social...
les idées ne manqueront sans doute pas!
penser, repenser, innover, telles sont les perspectives des semaines et mois qui viennent
Nombreux vous suivront
Rédigé par: sasha | 10 août 2007 à 20:35
Superbe analyse Pierre (idem que Bloggy). Je la partage totalement. Tout ce que tu exprimes ici aussi clairement, c'est ce que chacun d'entre nous ressent sans forcément avoir mis les mots dessus.
Ceci dit l'espoir ne peut résider que dans l'attente de la faute de Sarko. On a dit trop souvent qu'il allait se planter, pour finalement constater le contraire. Il est redoutablement intelligent, alors peut-être saura-t-il ne pas aller trop loin. J'en veux pour preuve le débat entre les deux tours où Ségolène a essayé de le provoquer constamment jusqu'à en faire trop. Mais il n'a pas craqué.
Comptons d'abord sur nous, sur nos capacités d'invention et de ré-invention. Pour ca, avouons le, nous les socdem comptons beaucoup sur toi (et quelques autres), maintenant que DSK prend du champ.
Rédigé par: Aiglon | 10 août 2007 à 19:43
Camarade Mosco, j'espère que tu n'avais pas prévu d'aller camper le long du Doubs... :-)
Analyse posée et réaliste de Ventilo Sarkozy. J'y ajouterai une prévision : l'homme est surtout bon dans le combat pour la conquête, c'est l'essence de son moteur. Pour l'instant, il est toujours sur la lancée des élections, mais dans quelques jours, il entrera dans la phase où il faut résoudre les problèmes, et ça, il n'a jamais su le faire. Il n'est plus à l'intérieur où une loi tous les six mois pouvait tenir lieu de résolution. En plus, il semble incapable de déléguer et de faire confiance aux gens qu'ils a nommé (sur quoi, il a sans doute raison...).
En conséquence, je lui prédit un bon début de déprime dû à l'absence de combat et surtout aux problèmes font déjà la queue devant la porte.
Ceci dit, bonne vacances (et n'oubliez pas de commenter le manifeste socdem lorsque la météo vous empêchera d'aller bronzer !).
Rédigé par: Bloggy Bag | 10 août 2007 à 09:09
Bonnes vacances, Mr Moscovici.
Rédigé par: Isabelle | 10 août 2007 à 00:05