Trois remarques, au coeur d'une actualité politique un peu calme à gauche.
Une réaction d'abord, contre les propos du porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, s'en prenant sur RTL aux médias - « à un monde politico-médiatique qui cherche à détruire le Président de la République ». Les journalistes, ainsi, auraient « essayé de faire croire, en prenant la roue de Marine Le Pen, que Frédéric Mitterrand était pédophile ». S'agissant de Jean Sarkozy, « c'est toujours Nicolas Sarkozy qui est visé ». Les médias, au fond, feraient le travail de l'opposition, « considérant chaque matin qu'il faut trouver le sujet pour essayer de déstabiliser le Président de la République ». Avec Frédéric Lefebvre, qui paraît sorti de « reservoir dogs » de Quentin Tarantino, l'excessif côtoie toujours l'insignifiant, le mur du grotesque – ou du çon, comme on dit au « Canard enchaîné » - est allègrement franchi, par exemple quand, en réponse à un Jean-Michel Apathie très remonté, l'accusant à juste titre « de dire n'importe quoi » et le pressant de citer le nom d'un média ayant accusé le ministre de la culture de pédophilie, il a osé répondre « beaucoup de journalistes ont repris la musique », « c'est tout le monde ou presque ». Ce pourrait être juste ridicule, ou pathétique, c'est en réalité assez inquiétant. D'abord, parce que ces propos sont tout bonnement scandaleux, insultants à l'égard de toute une profession, qui fait son métier, parfois avec des erreurs ou des approximations - mais qui n'en commet pas - et souvent dans la difficulté. Ces attaques peuvent apparaître comme une manoeuvre dilatoire, une diversion visant à détourner l'attention d'une actualité négative pour le Chef de l'Etat, s'enfonçant dans l'inefficacité, l'agitation et le népotisme, mais aussi comme une sourde menace. Personne ne pourra en effet croire que les médias sont, en France, hostiles à Nicolas Sarkozy, qui tente plutôt de les contrôler. Mais le porte-parole de l'UMP laisse entendre qu'ils ne seraient pas encore assez dociles, qu'une reprise en main s'imposerait pour ceux qui se rendraient coupables d'un crime de lèse-majesté : la liberté d'expression ! Frédéric Lefebvre illustre bien l'état d'esprit d'un pouvoir inquiet, incapable de redonner sens à son action, et qui réagit par la brutalité. Comme d'habitude, il est caricatural – mais derrière la caricature il y a une vérité, qui appelle à la vigilance et à la mobilisation démocratique. L'approbation de Jean-François Copé à ces propos, critiquant à son tour ce matin une « campagne d'une violence inouïe dans les médias », « d'autant plus visible que l'opposition est » - selon lui - « absente », montre qu'il s'agit bien d'une stratégie collective et non d'un simple dérapage personnel. Raison de plus pour réagir.
Quelques mots, ensuite, sur l'examen du projet de loi de finances, qui commence aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Le budget qui nous est soumis est très particulier. Il propose de poursuivre en 2010 la politique d'endettement frénétique conduite en 2009 – 115 milliards de déficits prévu pour l'année prochaine après 140 milliards réalisés celle-ci. Il n'est pas sincère, car chacun sait qu'il sera suivi dans quelques mois d'un « grand emprunt », qui constituera une sorte de « budget bis » et aggravera encore la situation de nos finances publiques. Il fait preuve, enfin, d'une imagination fiscale plus que malheureuse, avec la suppression de la taxe professionnelle, qui est une véritable euthanasie pour les collectivités locales les plus industrielles, les plus en difficulté sur le plan social, ou la taxe carbone, qui en l'état serait à la fois écologiquement insuffisante et socialement injuste. Il y aura, logiquement, une bataille serrée entre la droite et la gauche, et plus encore entre l'opposition et le gouvernement, tant certains députés de l'UMP – à l'image du rapporteur général du budget, Gilles Carrez, qui a intégralement réécrit le texte du gouvernement sur le taxe professionnelle - sont embarrassés, mal à l'aise. Les questions ainsi posées dépassent en fait le budget pour 2010, elles seront au coeur des débats en vue de la présidentielle de 2012 : quel niveau d'endettement pour préparer l'avenir ? Quelle fiscalité écologique ? Quelle justice sociale et fiscale ? Quel niveau de prélèvements obligatoires ? Faut-il de nouveaux impôts, et si oui lesquels ? François Hollande, à Périgueux, a fait ses propositions, vous pourrez connaître les miennes dans mon livre, à paraître le 1er novembre, le Parti socialiste, surtout, devra y réfléchir collectivement dans le cadre de la Convention nationale sur le nouveau modèle de développement. Je suis persuadé, pour ma part, qu'il est possible de combiner endettement maîtrisé, développement durable encouragé, redistribution plus équitable et pression fiscale contenue.
Dernière réflexion sur l'Europe. Le Président tchèque, Vaclav Klaus, pourtant présenté comme un homme de fer, inflexible, semble doucement se résigner à la nécessité de signer le traité de Lisbonne, voté par le peuple irlandais, au terme d'un deuxième référendum. Bien sûr, il continue à réclamer une exception à la Charte des Droits fondamentaux, empêchant toute restitution aux Allemands des Sudètes de leurs biens confisqués après la seconde guerre mondiale. Mais il s'agit en réalité de ce que les diplomates appellent du « face saving » - une concession pour lui sauver la face. Pourquoi renonce-t-il petit à petit ? Parce qu'il n'a pas de légitimité forte pour refuser sa signature. Parce qu'il sait que la Cour constitutionnelle va bientôt lui donner tort. Parce qu'il n'est pas approuvé par une opinion publique qui ne souhaite pas que la Tchéquie, nouveau membre de l'Union, s'écarte de l'Europe en paraissant la freiner. Je ne veux pas vendre la peau de l'ours, il peut, de la part de cet homme retors, s'agir d'une manoeuvre pour gagner du temps et relâcher la pression, mais les choses évoluent dans le bon sens. Car, que l'on soit ou non partisan du traité de Lisbonne, son entrée en vigueur, au terme de processus de ratification conduits partout en Europe selon des formes démocratiques, ne peut pas dépendre de la fantaisie ou du bon vouloir d'un seul homme, qui plus est d'un conservateur ultra-libéral, soutenu par ses seuls homologues eurosceptiques britanniques. L'Europe va enfin mettre derrière elle, pour une longue période sans doute, la querelle institutionnelle qui l'empoisonne depuis 15 ans. Je m'en réjouis d'autant plus que ce traité, évidemment imparfait, me semble permettre des progrès démocratiques conséquents. Passons ensuite à l'essentiel : la réinvention d'un projet convaincant et entraînant.

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