Qu’il est doux, qu’il est gentil, qu’il est mignon, Jean-François Copé ! On le connaît, depuis longtemps, comme le plus articulé, le plus ambitieux – jusqu’à l’émergence de Xavier Bertrand, qui l’empêche de dormir – le plus méchant des jeunes loups de l’UMP. On le sait agressif, jamais économe d’une mesquinerie ou d’un petit coup. Il est intelligent, c’est évident, doué, mais d’une dureté métallique, incapable, semble-t-il, d’élégance, face à ses adversaires comme envers ses « amis », qu’il veut pulvériser pour parvenir à ses fins : Président de la République, en 2017. Eh bien, le voilà transformé en agneau, mielleux, doucereux, qui, dans « le Parisien » de ce matin, lance un appel solennel à Jean-Marc Ayrault, pour que l’on travaille ensemble, la main dans la main, à la réforme – selon lui historique - des institutions. C’est l’occasion, pour moi, de vous donner mon sentiment.
Annoncée avant l'hiver 2007, repoussée après les élections municipales – officiellement, parce que le calendrier ne permettait pas l'examen du texte, en réalité parce que les premiers bruissements de mécontentement dans les rangs de l'UMP, et la contestation d'élus locaux inquiets du rythme et de l'orientation des réformes, avaient dissuadé le gouvernement d'être trop entreprenant – la révision constitutionnelle est, enfin, sur les rails, le gouvernement a adopté mercredi matin son projet définitif. J'ai, à ce stade, quatre remarques générales sur les enjeux de la révision constitutionnelle – nous aurons l'occasion de revenir plus en détails sur ce texte :
Je crois, tout d'abord, qu'il faut prendre cet exercice sans a priori, pour ce qu'il est: une occasion, peut-être pas unique mais rare, de procéder à une révision d’ampleur, concernant le fonctionnement des institutions de la Ve République dans leur ensemble, en interaction les unes avec les autres, plutôt que – ce qui avait été privilégié jusqu’alors – une succession de révisions techniques, au cas par cas, selon les exigences du calendrier. Il y a là une occasion, à ne pas manquer, d'améliorer l'existant: il ne faut pas la gâcher, mais s'appuyer sur cette fenêtre d'opportunité pour porter nos exigences. Les socialistes pourraient être partagés entre l'envie de refuser une victoire politique à Sarkozy – qui en a bien besoin – et leur sens des responsabilités, qui doit plutôt les pousser à la négociation ferme mais constructive avec le gouvernement, pour faire de ce texte, qui doit être nettement amélioré, une chance de démocratiser nos institutions, d'en revoir éventuellement les équilibres, d'en renforcer les garanties. C'est, je l'espère, cette attitude, cette stratégie, qui prévaudra, à l'Assemblée nationale et au Sénat, où les socialistes sont bien décidés à faire entendre leurs positions.
Ces positions, quelles sont-elles justement? La littérature socialiste en matière de réforme institutionnelle est abondante – ceux qui nous accusent de ne faire aucune proposition en seront sur ce point pour leurs frais. Dans un communiqué du 8 avril, le Parti socialiste a fait connaître ses exigences: une réforme du mode de nomination des organes de régulation démocratique (Conseil constitutionnel, CSM, CSA), une réforme du collège électoral du Sénat, un renforcement des droits du Parlement, le droit de vote des étrangers aux élections locales et une réforme du pluralisme de l'audiovisuel. Nous refusons par ailleurs la présence du Président devant les Assemblées. Certes ce serait symbolique, mais un symbole fâcheux. La ligne est claire : elle consiste à s'opposer à toute tentative d'accroître encore les pouvoirs du Président, déjà exorbitants, et à renforcer au contraire les pouvoirs du Parlement.
Au-delà de cette première approche, l'enjeu – à terme, car cette réflexion dépasse le cadre de la révision constitutionnelle qui approche – est bien de mener une réflexion approfondie sur les évolutions de la pratique politique sous la Ve République. Renforcer le parlement est une bonne chose, mais cet objectif doit prendre en considération le « fait majoritaire », qui met trop facilement le gouvernement à l'abri; il faut donc aller plus loin, faire porter l'accent sur les mécanismes de contrôle, sur les contrepoids juridictionnels, sur les droits de l'opposition, sur une meilleure appropriation des affaires européennes par les parlementaires – les délégations actuelles, trop faibles institutionnellement, ne le permettent pas – sur la qualité de la loi – celle-ci, faute d'outils adaptés, est trop souvent bavarde, déclaratoire, emphatique, elle doit retrouver sa force normative pour rendre au parlement sa crédibilité – sur les droits des citoyens, pour lesquels l'exception d'inconstitutionnalité – mais pas dans la rédaction proposée par le gouvernement – constituerait un progrès majeur...
Enfin, je veux souligner à quel point la méthode du pouvoir est, comme toujours, cavalière, brutale, en un mot inacceptable. Il s'accorde 8 mois pour préparer un texte, laisse à l'Assemblée deux semaines pour délibérer en première lecture: au vu des enjeux, cela en dit long, me semble-t-il, sur le dédain absolu dans lequel ce gouvernement tient en réalité le travail parlementaire. Plusieurs articles du projet de loi constitutionnelle – c'est l'exercice qui veut ça – renvoient à des dispositions ultérieures, lois ou lois organiques, qui sont encore à écrire, et il va donc falloir prendre position, parfois, « en aveugle », sans réelle connaissance des implications du texte... Que penser par exemple d'un article qui indique que « le règlement de chaque assemblée détermine les droits respectifs des groupes parlementaires qui ont déclaré appartenir à la majorité qui soutient le gouvernement, et de ceux qui ne l'ont pas déclaré », alors que la nouvelle rédaction du règlement, définissant ces droits, n'est pas disponible? Si le gouvernement accordait plus de temps aux assemblées pour l'examen du texte, il serait possible de travailler en parallèle sur la rédaction de ces dispositions de « renvoi ». Au lieu de quoi, il mènera, comme à son habitude, le vote tambour battant, et la qualité du travail parlementaire s'en ressentira. Décidément, une réforme est nécessaire !
Quoi qu'il en soit, ma position de principe est claire. Soyons ouverts mais exigeants. Il serait dommage – et à vrai dire peu compréhensible – de faire obstacle à une réforme qui va plutôt dans le sens de nos attentes. Mais la balle est dans le camp du pouvoir. S'il souhaite vraiment que nous la votions, il doit, une fois n'est pas coutume, être à l'écoute de nos demandes, qui sont justes. Alors je dis à Jean-François Copé : chiche ! Il ne s’agit pas de travailler main dans la main – qui peut croire à ça ? – mais, pour le gouvernement et pour l’UMP, d’écouter le PS et la gauche, de chercher un rassemblement. En sont-ils capables ? À suivre…
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